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Sérigny partit pour la France le 27 Juin, 1720, et il apprit en arrivant à Brest que le roi l'avait nommé capitaine de vaisseau. “ Recompense, dit Charlevoix, qui était bien due à sa valeur, à sa bonne conduite et au zéle avec lequel il avait servi son prince depuis l'enfance, n'ayant jamais monté à aucun grade dans la marine, qu'aprés s'être distingué par quelqu'action marquante ou par quelque service important.”

Il a été nommé gouverneur de Rochefort en 1723, et il y est mort en 1734, commandant de la marine par interim.

On ne sera pas surpris que ce brave officier qui avait consacré toute sa vie à la glorie, soit mort sans aucune fortune, ses deux fils ont été reduits à n'accepter sa succession que sons bénéfice d'inven. taire. Tous les deux sont entrés au service. L'ainé est parvenu au grade de capitaine de vaisseau: il est mort en 1753, major de la marine à Rochefort. Le second a été capitaine dans le regiment du roi. Il a fait toutes les campagnes de Bohême et y a reçu deux blesseures, les descendans des deux branches de Sérigny ont tons servi dans la marine et tous les membres de cette famille ont été décorés de la croix de St. Louis.

SKETCH

OF THE LIFE AND CHARACTER

OF

JOHN LAW

CONTROULLER GENERAL OF FINANCES, AND AUTHOR OF THE INDIA COMPANY.

Notice Sur Jean Law, ancien Directeur Général de la Compagnie

des Indes et Contrôleur Général des Finances. Si la derniére regence n'a pas été troublée par la guerre, si elle a entretenu le calme chez nos voisins, il n'y a pas eu la même tranquillité au dedans : toutes les passions qui agitent avec le plus de violence le cœur humain se sont réveillées et ont cru être libres aprés la mort du roi qui les avait sagement contenues par son ancienne et puissante autorité, on gémissait, sous son règne, de la liberté perdue : chacun crut, aprés sa mort, avoir acquis le droit le de blâmer, de conduire, de réformer et de juger le gouvernement selon les projets d'ambition et de cupidité qu'on avait dans cæur. Voilà la situation où étaient les esprits aprés que le Duc d'Orléans eût pris les rênes du gouvernement quelle était alors celle des finances ?

Deux guerres pendant vingt six ans avaient occasionné des dépenses extraordinaires pour les quelles le roi avait été obligé d'emprunter à des conditions qui devenaient plus dures à proportion que ses besoins augmentaient, il n'avait pas été heureux dans le choix de ses ministres des finances et on peut dire hardiment que la maniéres dont elles avaient été administrées depuis Mr. Colbert a fait plus de tort à l'etat que la guerre même, à bien prendre les ministres n'ont eu que l'air de gouverneur les finances: au fond c'est le corps des gens d'affaires qui les a conduites et qui a ôté aux ministres la liberté de disposer des revenus du roi, sans se servir d'eux pour les recevoir.

Ainsi les ministres n'ont été maitres que de la dépenses et ils ont dépendu des gens d'affaires pour la recette, la quelle passant dans leurs mains n'a passé qu'en partie dans celles du roi, quoique le peuple ait été accablé d'impositions, et le choix des nouvelles impoVOL. II.

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sitions était toujours plus propre à ruiner l'etat, parcequ'elles étaient plus propes à enrichir les traitans. Le roi ne recevant pas assez pour fournir à ses dépenses s'est vu forcé d'avoir recours aux emprunts et à demander des avances que les gens d'affaires lui ont fournies à gros intérêts du propre argent de S. M. C'est cette etrange conduite qui a formé la dette énorme qui s'est trouvée à la mort du roi, dette, laquelle bien examinée est moins composée des capitaux que S. M. a reçus que des intérêts qu'elle payait.

Cette dette ne se bornait pas aux diverses rentes et aux choses arriérées de toute espéce de nature : il y faut ajouter le nombre infini de créations de charges, dette la plus onéreuse de toutes, puisque, quand d'un côté elle coûte des gages, elle coûte encore d'avantage de l'autre en diminuant la recette, à cause des priviléges et des exemptions attachés à ces charges, ce qui réduit le nombre des contribuans, le quel nombre se trouve accablé par l'immunité des autres et dont une partie devient bientôt insolvable.

L'ignorance des ministres sur le change etranger coûta aussi des sommes immenses lorsque la guerre fut portée hors du royaume, et chaque année découvrait aux yeux du public les désordres des finances par le retardement des payemens les plus légitimes et la banqueroute de tous les autres; de sorte que le crédit du roi fut absolument ruiné et les effets provenant de lui perdirent les quatre cinquiémes de leur valeur, il ne resta de ressource au ministre des finances que la violence et la fraude pour tirer de l'argent et la dûreté pour n'en pas donner. Voilá les principes sur les quels les finances ont été conduites les derniéres années de la vie du roi, et la diminution du tiers de la valeur numéraire des espéces indiquée en 1713, acheva la ruine de l'etat. L'Etranger fut remboursé en monnaye forte de ce qu'il avait prêté en France en monnaye faible et des intérêts qui lui étaient dûs, de sorte qu'il toucha le double de ce qu'il avait prêté: pouvait on faire une opération plus favorable à l'Angleterre et à la Hollande ? Il n'y eut plus de bornes à l'intérét excessif de l'argent et au discrédit des effets publics et particuliers

. Les manufactures cessérent : les ouvriers passérent chez l'etranger: la consommation diminua de plus de moitié; les banqueroutes et les retardemens de payemens furent si universels qu'il n'y eut pas dix maisons dans Paris qui n'en fussent atteintes : la méfiance et le découragement glacérent tous les caurs et tout l'etat se trouve dans une léthargie qui en suspendit tous les mouvemens.

Ce fut dans cette situation que Mr. le Duc d'Orléans reçut le gouvernement du royaume, chargé d'une dette de 90 millions de rentes arriérées pour une grande partie, de quatre années dont il y en avait trois de consommées ou engagées d'avance, et dont toutes les caisses rassemblées ne purent former que 40 mille écus d'espèces! Le discrédit universel, le commerce anéanti, la consommation réduite au seul nécessarie qui manquait en bien des lieux

, la désolation des peuples, la culture des terres négligée, les grands seigneurs et la noblesse abimés de dettes, les fermes et les maisons de la Compagne prêtes a tomber faute de réparations ; le paysan mal nourri,

mal vêtu, débiteur au roi et à son Seigneur, aux usuriers des petites villes de son voisinage & insolvable à tous, les négocians pour la plupart en banqueroute et tous débiteurs tant au dehors du royaume qu'au de dans, les officiers de robe et d'epée sans payement de leurs gages, une multiplicité immense de dettes du roi à son peuple, du peuple au roi encore plus immense, et réciproquement entre tous ses sujects, et des sujets à l'étranger. Nul effet en valeur, nulle confiance, nulle espérance pour débrouiller, pour éclaircir, pour arranger, pour solder en tout ou en partie des engagemens aussi prodigieux qui supprimaient le movement et la vie au royaume.

Voilà quel a été l'objet du travail du régent; voilà les difficultés qu'il a eues à surmonter. Il est nécessaire de les avoir toujours présentes pour juger sainement de toutes ses opérations et ne pas oublier la situation où était le royaume lors qu'il en prit la conduite. Le lendemain de la mort du roi, Mr. le Duc d'Orléans fut au parlement faire l'ouverture de son testament par le quel S. M. l'instituait régent du royaume et Mr. Le Duc du Maine chef de l'education du roi avec le commandement absolu sur toute sa maison. Cette division d'autorité était la source certaine d'une guerre civile. Mr. Le Duc d'Orléans déclara que la régence lui appartenait par le droit de sa naissance et qu'il la voulait dans toute l'etendue et la plénitude du pouvoir, et c'est ainsi qu'elle fut enregistrée au parlement, il lui rendit la liberté de faire des remontrances sur les edits déclarations avant de les enregistrer, il dit que son intention était d'établir un conseil de regénce où seraient portées les décisions qui auraient été faites dans d'autres conseils qui seraient établis pour connaître des affaires qui avaient été portées ci-devant dans les départemens des secretaires d'etat, ainsi le détail de l'administration des affaires de l'etat fut attribuée à six conseils, savoir : de conscience, de la guerre, des affaires etrangères, de la marine, de la finance et du dedans du royaume, le conseil de régence fut composé des princes du sang et des seigneurs de la cour, et il nomma pour présider aux conseils particuliers deux seigneurs de la cour : les conseillers furent choisis parmi les gens de condition, le conseil et quelques membres du parlement. Ainsi l'administration, des affaires de l'etat, qui, sous le règne de Louis XIV., avait été confié aux seuls gens de robe, passa aussitôt aprés sa mort aux gens de qualité, le public en conçut de grandes espérances. La satisfaction qu'il eút de se voir délivré de ceux sous la conduite des quels il avait tant souffert lui fit croire tres légèrement que les affaires seraient rétablies par les autres : on crut même ce bonheur prochain, parceque’on était persuadé avec raison que le régent le désirait avec ardeur, mais on ne faisait pas la moindre attention aux difficultés.

Aprés qu'il eut fait les premiers règlements, il entra dans le detail des finances, comme l'affaire la plus importante de l'etat dont toutes les autres dépendaient et qui avait besoin d'un plus prompt remède. Le premier conseil qu'on lui donna, fondé sur la difficulté de payer une dette aussi énorme fut d'en faire la banqueroute totale, que le royaume étant généralement ruiné, il fallait en sacrifier une partie

pour conserver l'autre; que la partie créancière de l'etat n'étant pas d'un contre mille, le plus grand nombre méritait la préférence; qu'il n'y avait aucun danger de la part de ceux qui se trouveraient écrasés par ce système, parcequ'ils seraient contenues par le nombre prodigieux des autres qui se trouveraient soulagés d'une partie des impositions que la banqueroute des dettes mettrait en état de beaucoup diminuer. Qu'on pouvait la fonder sur la minorité du roi au quel le royaume était substituté; que son prédécesseur n'avait pas pu l'engager ; que les préteurs n'avaient pas dû s'attendre à etablir solidement leurs créances sur un bien qui ne pouvait étre engagé à perpétuité; que ces prêteurs en étaient si bien avertis qu'ils avaient pris leurs mesures d'avance, en faisant des prêts si avantageux qu'ils étaient plus que remboursés de leurs capitaux, et qu'il était seulement question, de fermer l'oreille et le cæur à leurs cris, qui n'étaient qu'un mal passager et nécessaire pour rendre en peu de temps le royaume plus puissant et plus florissant qu'il n'avait jamais été.

On proposa un autre parti moins violent qui était une révision générale de tous les effets qui composaient la dette de l'etat; qu'on y trouverait de grands et légitimes retranchemens, à faire qui la diminueraient beaucoup et que l'etablissement d'une chambre de justice armée de sévérité, dont les recherches seraient exactes fournirait au roi de quoi éteindre encore une partie de la dette et le mettrait en état de conserver l'autre et d'en acquitter les intérêts, on assurait le régent que cette recherche donnerait 7 ou 800 millions tant en argent qu'en effets, on fondait ce conseil sur la justice qu'il y avait de retirer des gens d'affaires une partie considérable des biens immenses qu'ils avaient acquis per fas et nefas depuis trente ans que tous les revenus et toutes les impositions anciennes et nouvelles leur avaient passé par les mains ; que leur art funeste avait opéré le ruine de l'etat, qu'ils devaient contribuer à le réparer; que le cri public demandait cette jnstice depuis longtemps; qu'il méritait de l'obtenir et que cette opération était d'autant plus salutaire à l'etat qu'il ne s'y trouvait ni obstacle ni inconvénient.

Le régent avait trop d'esprit pour ne pas sentir les difficultés qui se rencontreraient dans l'exécution de ces deux systémes qui d'ailleurs n'apportaient aucun remède à la situation pressante où il se trouvait.

Il communiqua sa situation et son embarras à quelqu'un qui lui déclara que les suites de la banqueroute de la dette de l'etat feraient naître plus de difficultés qu'il n'entrouverait à l'acquitter ; qu'elles porterait un deshonneur irréparable, que le roi et ses successeurs ne trouveraient jamais aucun secours de la part de leurs sujets ; qu'on se trompait grossièrement de penser qu'en accablant les cré. anciers, les autres sujets seraient soulagès; que la perte se ferait sentir aux uns et aux autres, parceque, outre les liaisons visibles qu'il y a entre tous les habitans du royaume, il y en a aussi d'invisibles qui distribuent le bien et le mal universellement; que toutes les dettes de particulier à particulier auraient infailliblement le même sort que celles du roi; que c'étaient un nombre de gens ruines à

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